jeudi 22 février 2018

LES BEAUX HOMMES

Pendant qu'un mal hideux sur nos langues, pavoise,
Et que nous arborons fièrement les haillons du néant,
Avec l'éphémère à la bouche et la lèvre sournoise,
Nous sommes veules comme des pleurs mangés par l'océan.
Pendant que, sans connaître le répit, notre bile malsaine,
Traîne, infâme et nauséabonde, telle une âme d'urinoir,
Emporté par la colère, rendu idiots jusqu'à l'obscène,
Nous ne cesserons donc jamais de vomir le sang noir.
Alors que sous l'œil froid des aveugles machines,
Occupé à notre labeur insane et belliqueux,
Avec indignité, nous ployons nos échines
En salissant les murs de mensonges visqueux ;
Pendant aussi que, monstrueux ou presque,
Ignobles dans ce siècle affalé dans notre pus,
Le rire chevauchant notre ambition grotesque,
Et le ventre agité par nos égoïsmes repus.
Oui, pendant que l'orgueil enflé par la sottise,
L'esprit dégoulinant jusqu'au fond des trottoirs,
Méchants à rendre folle une terre promise,
Consternants à changer les saints en dépotoirs.
Pendant que nos nez mous aux rictus affairistes
Hument, soir et matin, le fumet du magot,
Que déjà bouffis d'or dans des poulaillers tristes,
Nous allons caquetant pour soigner notre ego.
C'est mon cœur entier que ce tableau fouette,
Au fracas de nos cris, aux coups de nos jeux bas,
A la fureur desquels l'existence reste muette,
Se blessant chaque jour de ces stériles combats.
Sur moi roulent et les loups et les fauves,
Enragés à ma perte, éblouis par ma peur,
Et je tremble aux périls des solitudes fauves,
Dont l'image sanglote avec fièvre et stupeur.
Nous avons pourtant le monde à nos fenêtres,
Et l'espace nous comble du rire et de l'éveil,
L'azur amoncelle ces étoiles champêtres,
Avec les ravissements de la houle et du soleil.
Nous pourrions du moins vivre en beaux hommes,
Nos destins méconnus sont si vite clairsemés.
Un regard nous ferait meilleurs que nous ne sommes,
Si nous voulions être ceux que le bien peut aimer.
Redevenons, malgré tant d'aubes grises,
L'adorable angelot qui, dans son berceau clair,
De ses doigts potelés sème des fleurs exquises,
En souriant aux mots éparpillés dans l'air.
D’après un texte de Thierry CABOT " La Blessure des Mots "

16 commentaires:

  1. Oh pas très agréable à lire tous ces mots !
    Heureusement que tous les hommes ne sont pas comme çà !
    Bisous et bonne journée
    MITOU

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  2. Bonjour Claude
    Rien que le titre (La blessure des mots ) en dit long
    Bonne journée Claude
    Bises

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  3. Quel travail de poésie!
    mais nul autre ne sait nous dire comme Thierry Cabot que, de fait, il n’est rien d’éternel et rien de dogmatique.

    Ah ! Ne savons-nous pas que tout se décompose,
    Que l'aube court déjà, tremblante, vers le soir,
    Que nous ne respirons jamais la même rose,
    Que tout succède à tout et se fond dans le noir ?

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  4. bonsoir quel texte dit,il ne devais pas être comment dire drôle c'est le mot lol, ce Thierry Cabot,ha bon pour lien pourtant c'est celui que j'utilise ,sinon je t'es écris avec l'autre ou je tes mis en lien car sur over c'est limité,bonne soirée bise

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  5. Superbe !!!
    Avec des mots qui pèsent et portent loin.
    Belle reprise réussie.
    Bonne fin de semaine, toujours très froid mais beau soleil !
    Bisoux, claude et marie

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  6. coucou claude
    oh lala il est bien écris ton texte
    bon vendredi a toi et a ta princesse et gros bisous
    dany

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  7. BonJour Claude,
    De bien sombres mots. Réveillons le colibri qui sommeille en nous.

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  8. Houlala ! c'est hyper violent ! Mais heureusement plus optimiste à la fin ...

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  9. Superbe !
    Amitié à tous deux
    Nadine

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  10. Bonjour Claude
    Ce texte ressemble étrangement aux intrigues ç la cour du temps des rois !
    En effet les dalles du sentier du San Peyre ont été mise à cause du glissement de terrain , je pense comme toi à éviter les jours de pluies
    Bonne journée Claude
    Bisous Hélène

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  11. Bonjour Claude, oui ce sont des mots forts, des mots que l'on emploie de moins en moins car la langue française est en bien mauvais état en ce moment !!! J'espère que les hommes sont malgré tout meilleurs que tout cela. Bravo pour cette belle recherche, je te souhaite une bonne journée même si elle est frisquette, amitiés de Marie

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  12. superbe texte, des mots chocs qui en disent long.

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  13. Bonsoir Claude
    Pas facile à lire mais bravo à toi !
    Bonne soirée

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  14. Texte d'un temps révolu, quoique ...
    Amicalement et merci pour vos visites.

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  15. bonjour claude ,
    je passe ce matin te relire, on passe du désespoir à l'ennui, on passe à l'espérance, le regard vers la quiétude insaisissable ou peut-être ai-je mal compris ou mal la quête du poète !!! bonne journée!! Amitié! et bisous a marie monette

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Claude